

La brutalité de son assassinat le 17 janvier 1961 et la dissolution de son corps dans de l'acide sulfurique. Sa vision de l'indépendance comme fruit de la lutte, en opposition à l'idée d'une indépendance offerte. Son discours du 30 juin 1960, dans lequel il présente un projet radical de gouvernance du Congo, en opposition au système colonial. Un discours qui contraste violemment avec le narratif paternel du roi Baudouin.
Son projet d'unité nationale face aux divisions ethniques. Sa vision d'une justice économique, avec le contrôle des ressources naturelles du Congo par son gouvernement. Le panafricanisme actif qu'il a développé lors de la conférence d'Accra. L'implication de la CIA dans la déstabilisation de son gouvernement. L'implication de la Belgique et des États-Unis pour provoquer la rupture entre le président Kasa-Vubu et Lumumba. Entre le président Kasa-Vubu et Mobutu. Entre le chef de l'armée, Mobutu, et son Premier ministre, Lumumba, qui l'avait nommé par esprit d'autonomie administrative. Son projet de réforme de l'armée, élément de sa vision de l'indépendance, prévoyait que l'armée congolaise soit au centre d'une politique de protection de la souveraineté nationale. Tout cela constitue des sujets de recherche scientifique permettant de tirer des leçons sur la gouvernance des nations africaines. Il revient aux chercheurs d'indiquer aux dirigeants politiques ce qu'il faut faire pour le développement des États africains durant les périodes de grands bouleversements de la géopolitique internationale.
En effet, la politique de Lumumba visait à transformer l'économie coloniale d'extraction en une économie nationale diversifiée. Il insistait sur la formation accélérée et professionnelle des cadres congolais afin qu'ils prennent en charge le développement du Congo sans faire appel à des experts étrangers. Sa vision incluait la maîtrise des ressources naturelles comme base d'un développement autonome. Son approche panafricaine de la coopération scientifique pour développer la RDC est une leçon qu'il ne faut pas négliger dans la gouvernance des États africains.
La vision de Lumumba dépassait le simple cadre politique pour englober une transformation scientifique et économique. Les axes principaux de sa politique de développement du Congo sont les suivants :
1. - la rupture avec le modèle colonial d'extraction ;
2. - l'africanisation des compétences techniques ;
3. - la souveraineté sur les ressources stratégiques ;
4. - Les dimensions panafricaines de la coopération
5. - Impact de son assassinat sur ces projets.
En effet, Lumumba défendait la création d'industries de transformation locales pour ajouter de la valeur aux ressources naturelles du Congo, ce qui aurait permis de créer des emplois pour tous les paysans et cadres. Sa vision d'un contrôle étatique des secteurs stratégiques était une priorité pour financer le développement autonome, notamment les infrastructures et l'éducation.
Il prévoyait également l'africanisation des compétences techniques, via la formation accélérée de cadres congolais pour remplacer les experts étrangers. Il projetait également la création d'universités scientifiques, un réseau d'institutions axées sur les sciences appliquées, afin de réduire la dépendance aux expatriés. Il avait également un projet d'éducation populaire avec des programmes d'alphabétisation massive pour permettre aux citoyens de participer activement au développement économique du pays.
Face aux enjeux géopolitiques, Lumumba a également mis en avant son projet de souveraineté technologique, notamment en ce qui concerne l'indépendance énergétique, suite à l'utilisation de l'uranium du Congo dans les bombes ayant détruit Hiroshima et Nagasaki pour mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi Lumumba exigeait le contrôle des ressources nucléaires.
Il préconisait une neutralité active et une coopération Sud-Sud, ainsi que des partenariats diversifiés avec l'URSS, l'Égypte et le Ghana pour accéder à des technologies sans condition politique. Son projet d'une approche panafricaine de la science s'inspirait de la conférence d'Accra de 1958, qui prônait une solidarité continentale. Il préconisait la création d'un pool scientifique africain pour mutualiser les recherches sur les minerais, l'agronomie et la santé.
Sa vision des infrastructures intégrées présentait la RDC comme le centre de rayonnement de l'Afrique tout entière. Il préconisait des réseaux ferroviaires et énergétiques transnationaux pour faciliter les échanges technologiques.
Pour Lumumba, les richesses du Congo devaient servir l'ensemble de la population congolaise, sans aucune exception. Il rejette les privilèges de l'élite qui collabore avec les puissances étrangères. Selon lui, les banques doivent être des outils de développement national. Il faut prévoir une gestion transparente et redistributive des ressources du Congo. Il préconisait l'émancipation et la promotion des entrepreneurs locaux, plutôt que l'enrichissement d'une oligarchie. Il lutte contre les injustices, les détournements et la corruption. Le détournement est une politique qui consiste à dépouiller le peuple de ses moyens, ce qui constitue un grand délit passible de sanctions légales.
Les ambitions audacieuses de Lumumba étaient en contradiction avec le programme politique de l'Occident pour la gestion de l'Afrique après les indépendances, d'où le sabotage de son gouvernement par l'impérialisme occidental. Le projet d'une armée unificatrice et décolonisatrice a été anéanti par une élite corrompue par l'Occident, qui visait à atomiser la RDC.
Comment Lumumba, sous la protection de l'ONU, a-t-il pu être assassiné à Lubumbashi ?
Une conjuration internationale qui plonge la RDC dans le chaos depuis 1960. Le phénomène M23 est une conjuration internationale également. La politique de dépendance à l'égard des Occidentaux est un plan de l'impérialisme pour gouverner les États africains après les indépendances. La vision de Lumumba, qui consistait à fusionner la souveraineté nationale, l'éducation et la maîtrise des ressources du Congo, était une grande provocation pour les puissances occidentales. Son assassinat est un acte de freinage du développement de la RDC par l'impérialisme occidental. Depuis, le pays est sous l'emprise des multinationales occidentales. Une classe politique paralysée par la corruption et vendue à l'impérialisme empêche le Congo et l'Afrique de décoller, car les richesses du Congo sont systématiquement pillées à ciel ouvert. L'impérialisme crée des partis politiques de droite et de gauche pour espionner et atomiser la gauche authentique en RDC. Des petits espions au service de l'impérialisme disposent même de structures de gauche sans la moindre ligne anti-impérialiste. Ils utilisent aujourd'hui les discours de la gauche dans une opération de diversion. Il faut se méfier des discours, mais examiner davantage les actes.
Pour Lumumba, la politique doit rester l'objet de recherches scientifiques pour la libération du Congo et de l'Afrique. Les dirigeants africains doivent tirer des leçons de la gouvernance de Lumumba et de la notion de démocratie occidentale. Quelle est la démocratie installée par l'Occident en Libye après l'assassinat de Kadhafi ? Et après l'assassinat de Lumumba, de Sankara ? On ne fait jamais confiance à l'impérialisme occidental sans recevoir de coups. Mobutu, Jonas Savimbi, Blaise Compaoré et Idris Deby sont des exemples à méditer. Aujourd'hui, l'Angola connaît une crise avec des tensions partout, et pourtant le régime entretient des relations amicales avec les États-Unis. Or, c'est grâce à Cuba que ce pays est aujourd'hui réellement indépendant. Le régime actuel en Angola doit revenir aux fondamentaux de la fondation de leur république. Le sang des Cubains n'a pas été versé pour instaurer le capitalisme en Angola. Oui à la coopération avec les États-Unis, mais il faut combattre le capitalisme sauvage qui prive le peuple de ses droits. S'agit-il d'une stratégie pour remettre le pouvoir à l'UNITA ? Les idéologues du Mpla doivent beaucoup réfléchir. La situation actuelle de l'Angola est un sujet de recherche scientifique sur la cohabitation des États africains avec l'impérialisme occidental. Le socialisme est le fondement du pouvoir en Angola. Des milliers d'enfants cubains sont morts pour libérer l'Angola. Le souvenir de la victoire cubaine lors de la bataille de Cuito Cuanavale n'est pas un jeu de coopération hypocrite. Les dirigeants africains d'aujourd'hui doivent beaucoup réfléchir au bouleversement de la géopolitique internationale afin de prendre de meilleures décisions pour la gouvernance de l'Afrique.
Il faut noter, sans craindre de représailles, que les États-Unis et l'UE jouent un grand rôle dans la déstabilisation de l'Afrique. Il faut que les chercheurs africains en sciences sociales puissent présenter un tableau orthodoxe de la gouvernance de l'Afrique, sans dépendre des Occidentaux. Le monde est en mutation. Rester connecté aux modèles de gouvernance des pays africains sous domination impérialiste occidentale est une faute politique grave. Le peuple africain a besoin aujourd'hui d'une coopération gagnant-gagnant plutôt que d'une coopération axée sur l'hypocrisie occidentale.
De 1885 à nos jours, l'ombre de l'impérialisme occidental plane sur la gouvernance des États africains, mais quel est le bilan ? Combien de dirigeants africains ont été assassinés par l'impérialisme occidental ? La politique d'aliénation culturelle, politique et idéologique doit être combattue avec force en Afrique.
Lumumba incarne une espérance inaltérable : celle d'un Congo et d'une Afrique libérés de l'humiliation coloniale. L'Afrique doit rester maître de son destin. La philosophie politique de gouvernance dans les pays de l'AES et l'émancipation scientifique de Madagascar dans la gestion de la pandémie de la COVID-19 avec des scientifiques africains prouvent que Lumumba avait raison. Lumumba n'est pas mort, il reste vivant dans une Afrique en lutte pour son indépendance politique et économique.
Le projet militaire de Lumumba incarnait une volonté révolutionnaire de décolonisation radicale ; la fermeture des bases militaires françaises au Mali, au Burkina Faso et dans les autres pays prouve qu'il était un grand visionnaire qui savait lire les signes du temps et devancer les événements. Il faut combattre les ingérences étrangères dans la gouvernance de l'Afrique.
Lumumba est un grand projet des luttes contemporaines. Il invite tout le monde en Afrique à respecter les principes de la décolonisation. Il faut décoloniser les musées européens détenteurs d'œuvres congolaises et africaines. Il faut revendiquer une justice cognitive, où la science sert le peuple et non la politique de l'exploitation. Mobilisation générale en Afrique pour obtenir des réparations économiques et culturelles, incluant le retour des savoirs autochtones confisqués.
Comme l'écrivait Lumumba dans sa dernière lettre à son épouse Pauline Opango : « L'histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l'histoire qu'on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris, Londres ou aux Nations unies, mais celle qu'on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L'Afrique écrira sa propre histoire, et elle sera, au nord et au sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité. » Chacun d'entre nous en Afrique est appelé à écrire les pages de cette histoire de gloire et de dignité. Le bonheur de l'Afrique ne viendra pas d'une alliance avec l'impérialisme occidental. Travaillons efficacement pour sauver l'Afrique. Seule la lutte libère.
La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Boswa Isekombe Sylvere, secrétaire général du Parti communiste congolais.
Le lion au cœur rouge.