
Léopold Sédar Senghor disait : « Gouverner, c'est servir, et non se servir. » Cette sagesse africaine explique simplement que le pouvoir n'est légitime que lorsqu'il élève la dignité collective.
La meilleure façon de détruire un pont est de négliger son entretien. Il est sage que la politique de gouvernance d'une nation repose sur la nécessité d'investir dans les biens communs. La meilleure façon de détruire une nation est de négliger l'éducation de ses citoyens, car un peuple ignorant est un peuple aveugle, proie de n'importe quel prédateur.
La Belgique a complètement négligé l'éducation des Congolais et a voulu que ce peuple reste dans l'ignorance afin que n'importe quelle nation impérialiste trouve une porte ouverte pour dominer le Congo, même après son indépendance. Pour comprendre la vision de Lumumba sur la gouvernance des États africains, il faut d'abord connaître la stratégie belge pour la gestion du Congo indépendant. Selon la conception du gouvernement belge, la RDC devait être gouvernée comme l'État indépendant du Congo, où le roi Léopold II considérait la RDC comme sa boutique personnelle. L'État congolais, après 1960, devait rester sous la tutelle du royaume de Belgique, avec les États-Unis comme parrain légitime.
En effet, la stratégie belge pour maintenir la domination du Congo est un exemple classique de néocolonialisme. Elle repose sur des mécanismes politiques, économiques, militaires et culturels visant à préserver les intérêts belges sous couvert de souveraineté congolaise. Les piliers de la politique belge pour plonger le Congo indépendant dans le chaos sont les suivants :
1. La déstabilisation politique ciblée. - la déstabilisation politique ciblée ; La Belgique soutient les séparatismes du Katanga et du Kasaï. Des mercenaires et des fonds ont été envoyés pour fragiliser le gouvernement congolais. Une stratégie d'élimination de Lumumba, préparée par la CIA, est en cours. Lumumba est perçu comme une menace. En 2002, la Belgique reconnaîtra sa responsabilité morale dans l'assassinat de Lumumba. La Belgique a promu des dirigeants congolais coopératifs, comme Mobutu, considéré comme un rempart contre le communisme et garant des intérêts occidentaux.
2. Contrôle économique indirect avec pour objectif le maintien des monopoles. Des sociétés belges doivent conserver le contrôle des mines, des plantations et des infrastructures. - exercer une pression financière ; La Belgique a gelé les avoirs congolais et bloqué l'accès aux crédits internationaux afin d'asphyxier économiquement le gouvernement légitime. L'argent de la RDC logé dans la banque centrale belge est bloqué depuis 1960. - des accords opaques ; Des contrats d'assistance technique obligent le Congo à recourir à des experts belges payés par l'État congolais, maintenant une dépendance totale.
3. Ingérences militaires et sécuritaires. Ingérences militaires et sécuritaires. Sous prétexte de protéger les ressortissants belges, l'armée belge a occupé des villes stratégiques comme Matadi, Kinshasa et Lubumbashi, et a soutenu les rebelles katangais. Des officiers belges sont restés au sein de l'armée nationale congolaise afin d'influencer les décisions politiques. La Belgique a recours au mercenariat en recrutant des mercenaires pour combattre aux côtés des sécessionnistes.
4. Manipulation médiatique et culturelle. Manipulation médiatique et culturelle. Propagande anti-Lumumba pour le diaboliser en tant qu'agent des États communistes pendant la guerre froide, afin de signer son arrêt de mort. Il sera présenté comme un homme politique dangereux afin de justifier son éviction. La Belgique contrôle l'information par le biais de ses médias hostiles au gouvernement légitime. La presse est payée pour mener une campagne anti-Lumumba. La politique de paternalisme culturel, dont le but est de maintenir le français comme langue d'enseignement. Promotion des élites assimilées qui dénigrent les cultures locales.
5. Des réseaux d'influence occulte :
- des conseillers techniques belges occupant des postes clés dans l'administration, les mines et la police ;
- des réseaux religieux, notamment l'Église catholique, très influente, qui soutenait le camp anti-Lumumba. - une diplomatie parallèle, avec l'ambassade de Belgique à Kinshasa servant de centre de coordination pour des manœuvres politiques visant à déstabiliser le gouvernement Lumumba.
C'est dans ce contexte que l'historien Georges Nzongola Ntalaja affirme que l'indépendance du Congo n'était qu'une façade : la Belgique a conservé le pouvoir réel par l'intermédiaire de proxies et de pressions économiques. Une domination directe par contrôle indirect pour pérenniser l'exploitation sous de nouveaux masques. Le Congo paie encore aujourd'hui le prix de cette ingérence systémique. D'où Lumumba est réellement une nouvelle pédagogie, une doctrine, une stratégie de gouvernance pour les États africains.
Que voulait Lumumba ? D'où vient le conflit entre Lumumba et l'Occident ? Pourquoi a-t-il été assassiné ? Que veut l'Occident en matière de gouvernance de l'Afrique ? La vision de Lumumba est-elle encore utile et nécessaire aujourd'hui ?
La vision de Lumumba s'articule autour de la conquête de la dignité, qui passe par la libération des opprimés, dans le cadre d'une lutte plus large contre le colonialisme et l'impérialisme. Cette libération nécessitait la construction d'un État souverain et uni, fondé sur le principe de la gouvernance au service du peuple. Enfin, cette libération nationale ne pouvait être pleinement réalisée et consolidée sans l'unité africaine, comme rempart contre les forces de division et de domination étrangères. Sa pensée était un nationalisme congolais radical indissociable d'un panafricanisme militant, le tout au service de la dignité humaine retrouvée.
Les principes de gouvernance de Lumumba pour la gestion des nations africaines constituent une grande leçon, une doctrine pour les hommes politiques de grande envergure. Nous résumons cette doctrine en suivant les axes suivants :
1. - la souveraineté populaire et le service du peuple ; Le gouvernement doit servir exclusivement les intérêts de la population congolaise (africaine) et non ceux d'intérêts étrangers ou d'une élite prédatrice. Cette politique implique une indépendance réelle, et non seulement formelle (drapeau, hymne national), mais aussi économique et décisionnelle. - Intégrité et probité, avec une option de lutte contre la corruption et le népotisme ; - justice sociale, avec une option pour la répartition équitable des richesses et des opportunités ; * Primauté de l'intérêt général sur les intérêts particuliers ou tribaux.
2. Méthode de gouvernance. Lumumba prônait une méthode basée sur un État unitaire fort et centralisé afin d'assurer la cohésion nationale face aux divisions tribales et régionales encouragées par le colonialisme et les sécessions. Il considérait le fédéralisme comme un danger de fragmentation.
Il préconisait une planification économique nationale, avec la possibilité de reprendre le contrôle des ressources naturelles pour financer le développement au bénéfice de tous les Congolais, afin de rompre avec l'économie d'extraction au profit de l'étranger. * Modernisation et développement rapide avec des investissements dans l'éducation nationale, la santé et les infrastructures. * Affirmation de l'autorité de l'État. Face aux ingérences étrangères et aux forces centrifuges.
3. Il prônait l'unité africaine comme impératif stratégique et comme idéal panafricain. Lumumba considérait l'unité africaine comme un impératif stratégique et un idéal panafricain. Sa méthode de gouvernance impliquait : - la solidarité anticoloniale et anti-impérialiste : unir les nations nouvellement indépendantes contre les forces cherchant à maintenir leur domination néocoloniale ; - une conscience continentale pour dépasser les identités tribales et nationales étroites et forger une identité et une destinée africaines communes. - action commune : coopération politique et économique entre États africains pour renforcer leur position sur la scène internationale et résister aux pressions extérieures. Face à l'agression belge, Lumumba sollicita d'abord l'aide des nations africaines.
4. Stratégie de lutte. La stratégie lumumbiste combinait plusieurs fronts : - éveiller et organiser le peuple congolais autour du projet nationaliste et panafricain ; - action politique légale et internationale, avec l'utilisation des tribunes parlementaires, gouvernementales et internationales pour dénoncer le colonialisme, affirmer la souveraineté et chercher des soutiens. - diplomatie panafricaine et afro-asiatique : s'allier avec les autres pays nouvellement indépendants du tiers-monde. - refus de la compromission : intransigeance sur le principe de l'indépendance totale et du contrôle national des ressources.
5. Conquérir la dignité. Pour Lumumba, l'indépendance n'était pas une fin en soi, mais le moyen indispensable de restaurer la dignité humaine des Congolais et des Africains, bafouée par le colonialisme. Cette conquête signifie :
* la reconnaissance de l'égalité et de l'humanité des Noirs ;
* le droit à l'autodétermination et au respect ;
* le droit d'être maître de son destin et de bénéficier d'un traitement de considération sur la scène internationale. * Justice et droits fondamentaux. Il faut vivre libre de l'exploitation et de l'humiliation, et avoir accès à une vie décente. - fierté nationale et culturelle pour renouer avec l'histoire et les valeurs africaines méprisées par le colonisateur.
6. Tactique de libération des opprimés. Les tactiques employées ou préconisées par Lumumba incluaient :
- des discours mobilisateurs et pédagogiques pour réveiller les consciences et unir le peuple. Cfr. son discours du 30 juin 1960. - action gouvernementale radicale : nationalisations, révocation d'officiers belges, appel à l'aide soviétique en désespoir de cause face au refus occidental de briser les chaînes économiques et militaires. - appel à la résistance populaire face à l'agression ;
- encouragement du peuple à défendre sa souveraineté nouvellement acquise ;
- dénonciation internationale vigoureuse, avec utilisation des forums pour exposer les crimes et les manœuvres des oppresseurs. * Refus de toute collaboration avec les forces perçues comme néocoloniales ou anti-unitaires.
Ainsi, la vision de la gouvernance des États africains de Lumumba reste aujourd'hui une source d'inspiration majeure pour les mouvements panafricains et anticolonialistes. Cette vision a heurté de plein fouet les intérêts coloniaux et néocoloniaux, qui ont orchestré sa liquidation physique.
Lumumba incarnait une stratégie de gouvernance fondée sur l'émancipation totale, la dignité retrouvée et l'unité comme force. C'est une vision révolutionnaire dont la mise en œuvre a été tragiquement interrompue, mais qui continue de résonner.
Pourquoi n'y a-t-il pas de vrais lumumbistes ou d'enfants Lumumba au sein des gouvernements congolais depuis la mort de Lumumba ?
Il est difficile de séparer la RDC des ingérences occidentales dans la politique intérieure du pays. Le néocolonialisme est bien réel au Congo, les puissances occidentales influencent les affaires dans tous les secteurs. Le lumumbisme n'est pas un drapeau vide face au capitalisme sauvage qui prive le peuple de plusieurs de ses droits. Lumumba dérange hier, aujourd'hui et demain ; c'est une pédagogie de la bonne gouvernance des États africains. Le Congo a besoin d'animateurs au sein des institutions qui aiment la justice sociale plutôt que les prédateurs.
L'absence de figures lumumbistes emblématiques dans les gouvernements congolais successifs depuis l'assassinat de Lumumba s'explique par un enchevêtrement de facteurs historiques, politiques et structurels. Lumumba et ses principaux compagnons (Mpolo et Okito) ont été physiquement liquidés avec la complicité de la Belgique, des États-Unis et de leurs relais congolais. Il est difficile de trouver un révolutionnaire lumumbiste dans n'importe quel gouvernement au Congo, car la classe politique congolaise est composée de trop de marionnettes.
Plusieurs régimes continuent de persécuter les lumumbistes, poussant les gens à l'exil ou au silence. La profanation de son mausolée et le silence de la justice congolaise dans le cadre de la réparation des préjudices subis par les enfants Lumumba sont le reflet de la campagne anti-Lumumba qui sévit encore aujourd'hui dans l'espace politique du pays. Lorsque l'impérialisme occidental cherche à contrôler les ressources naturelles du Congo, les lumumbistes sont en danger, car nous sommes une force d'opposition à cette ligne politique.
Lorsque la Banque mondiale et le FMI imposent des politiques libérales incompatibles avec le projet lumumbiste de contrôle national de l'économie. L'équation est claire. Les partis politiques modernes en République démocratique du Congo privilégient les logiques ethno-régionales plutôt qu'un projet national unitaire. La jeunesse congolaise est canalisée vers des mouvements sans vision globale, contrairement à la génération de 1960.
Avec les élites corrompues, corrompables et corrompant, les vrais lumumbistes sont une bête à abattre. Les faux lumumbistes invoquent son nom sans appliquer ses principes de gouvernance des affaires de l'État. La classe politique congolaise craint les puissances occidentales, qui bloquent visiblement l'émergence du Congo comme modèle.
Notre satisfaction réside dans la mémoire populaire, où l'idéal reste vivant, comme en témoignent le combat des Wazalendos, le mouvement civilo-militaire et plusieurs mouvements citoyens en RDC. Lumumba est un projet de bonne gouvernance pour les États africains. Une flamme que personne ne pourra éteindre.
Vive la République démocratique du Congo !
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Boswa Isekombe Sylvere, secrétaire général du Parti communiste congolais. Le lion au cœur rouge.