
L'enseignement colonial belge a volontairement empêché l'émergence d'une élite congolaise critique. Ceci explique en partie les difficultés du Congo à décoller. Le système éducatif du Congo est toujours marqué par l'héritage de l'époque coloniale belge, qui a donné lieu à un système inégalitaire, sous-financé et peu adapté aux besoins réels du pays.
Malgré des réformes et des États généraux de l'éducation, les séquelles persistent, ce qui explique les défis actuels à relever.
I. Les séquelles du système colonial belge et de ses effets secondaires.
L'État belge investissait dans les ressources naturelles du Congo, mais pas dans l'éducation, qui devait former uniquement des cadres auxiliaires. L'université était réservée aux Blancs. Les écoles coloniales étaient peu nombreuses, réservées aux minorités et disposaient d'infrastructures rudimentaires. L'enseignement était concentré dans les villes, laissant les zones rurales sans accès à l'école. L'enseignement était orienté vers le travail manuel, et non vers la pensée critique et l'innovation. En 1960, il y avait peu de scientifiques et d'ingénieurs. Seule une infime élite avait accès au secondaire.
Il n'y avait pas d'université avant 1950, c'était une affaire réservée exclusivement aux Européens. Sous la colonisation belge, l'enseignement se faisait dans la langue maternelle, car le français était réservé aux niveaux avancés, mais uniquement pour les « évolués », c'est-à-dire les élites corrompues qui acceptaient la ligne directrice des Belges pour l'avenir du Congo. La question de la langue d'enseignement reste d'ailleurs un sujet de débat à ce jour, car même aujourd'hui, les étudiants du supérieur ont du mal à comprendre les matières de leur domaine. Raison de plusieurs échecs. Certains enseignants, qui ne maîtrisent pas forcément la langue, veulent conduire les apprenants aveuglément dans le gouffre. Le débat reste ouvert.
II. Éducation après l'indépendance
Il y a un manque d'écoles, les classes sont surchargées (parfois 100 élèves pour un enseignant au niveau primaire) et les auditoires comptent parfois 1 000 étudiants, dans un environnement bruyant et chaud, où un professeur doit enseigner. Les bâtiments sont en ruines, il n'y a pas d'électricité, d'eau potable ni de sanitaires. Des enseignants mal payés. Le phénomène des nouvelles unités est un nouveau type d'esclavagisme qui s'attaque au bonheur d'une catégorie d'enseignants. Un enseignant qui reste dix ans dans une école sans matricule ni salaire, c'est un coup dur porté à l'avenir de la République. Le taux de scolarisation est bien faible en milieu rural. Les écoles sont payantes, même dans les écoles publiques, ce qui exclut les plus pauvres. Les enfants doués dont les parents n'ont pas les moyens sont abandonnés. Nous allons revenir sur le phénomène de la gratuité de l'enseignement et sur le système LMD pour clarifier les choses.
L'enseignement au Congo est trop théorique, peu axé sur les compétences pratiques, et manque de laboratoires, de bibliothèques et d'outils technologiques. Le système LMD est-il meilleur dans ce contexte ? Nous y reviendrons pour clarifier les choses. L'enseignement est dépendant de modèles pédagogiques étrangers sans aucune adaptation aux réalités locales. Une problématique à résoudre pour l'avenir du Congo démocratique, au cœur de l'Afrique.
Le taux d'alphabétisation est élevé. Universités sous-équipées, frais académiques prohibitifs. Exode des cerveaux : les meilleurs étudiants, dont les parents sont des politiciens et des commerçants, partent étudier à l'étranger et ne reviennent pas au pays. Le français reste la langue officielle d'enseignement, mais il est mal maîtrisé par les élèves, les étudiants et certains professeurs. Cette équation doit trouver une solution au niveau du gouvernement. Les Chinois, les Français, les Arabes, les Américains et les autres nations développées étudient dans leur langue. Pourquoi imposer une langue étrangère à l'éducation de nos enfants ? Un sujet qui mérite d'être débattu par les décideurs politiques.
Faiblesse de l'administration, corruption, manque de spécialistes dans plusieurs disciplines des sciences exactes. Le chômage des diplômés est la conséquence d'une formation inadaptée au marché du travail. Les universités privées ne reçoivent aucune subvention de l'État, et pourtant, ce sont elles qui forment les élites d'une nation. Une équation à résoudre. Un pays aux nombreuses ressources naturelles, mais qui manque de moyens pour former son élite, est condamné à vivre l'esclavage moderne, car il vivra avec une population ignorante.
III. Gratuité de l'enseignement sous le président Félix Tshisekedi
D'abord, la gratuité de l'enseignement primaire est inscrite dans la constitution de la République, à l'article 43, mais elle n'a jamais été appliquée auparavant. Mise en œuvre à partir de 2019, cette mesure visait à garantir l'accès à l'école pour les enfants congolais, mais elle se heurte à de nombreux défis structurels et financiers.
L'objectif est de réduire l'exclusion scolaire. Elle vise également à augmenter le taux de scolarisation, surtout pour les filles et les enfants issus de milieux défavorisés. Réduire les inégalités entre les enfants des villes et des campagnes. Elle prévoit également une augmentation du budget de l'éducation nationale, qui passe de 6 % à 20 % en 2020.
Cette mesure politique est excellente, mais il faut bien payer les enseignants pour que le pays s'engage sur la voie du savoir et espère ainsi un développement durable. Un enseignant mal payé détruit l'éducation, car il y a absence de motivation et de patriotisme de la part du gouvernement. Au niveau primaire, les frais scolaires ont officiellement été supprimés, mais à Kinshasa, plusieurs rebelles exigent parfois 200 $ pour le transport des enseignants, car la gratuité a réduit leurs avantages. L'avantage de la gratuité est visible : augmentation du taux de scolarisation des filles en RDC. Entre 2019 et 2023, plus de 4 millions d'élèves supplémentaires ont été scolarisés (source : UNESCO, rapport sur l'éducation en RDC).
IV. Problèmes de l'éducation au niveau secondaire et universitaire.
La gratuité ne concerne pas ce niveau d'enseignement en RDC. Les universités et les instituts supérieurs exigent des frais. Les enfants des familles pauvres, même doués, ont du mal à faire des études universitaires. Les établissements privés sont abandonnés par l'État, alors qu'ils forment les élites du pays. La situation nécessite des états généraux de l'éducation, contrairement aux aventures connues autrefois lors des états généraux de l'enseignement supérieur et universitaire.
V. Recommandations concernant la gratuité de l'enseignement au niveau primaire
La gratuité de l'enseignement en RDC est une avancée majeure, mais elle est menacée par le manque de moyens, la corruption et la surpopulation scolaire, sans augmentation du nombre de bâtiments. Pour que la gratuité soit durable, efficace et au profit du peuple congolais, il faut :
1. Augmenter le budget de l'éducation, qui devrait représenter au moins 20 % du budget national. On ne devient pas ministre, gouverneur, médecin, président de la République, aviateur ou ingénieur sans passer par l'école. Un gouvernement qui néglige l'éducation est comparable à un enfant qui ignore ses parents, c'est une malédiction. Le pays ne décolle pas, car les gouvernants négligent l'éducation.
2. Il faut lutter contre la corruption sous toutes ses formes en RDC. La gestion des fonds des écoles doit faire l'objet d'une surveillance. Ceux qui détournent des fonds doivent subir la rigueur de la loi.
3. Améliorer la formation des enseignants et leurs conditions de travail. La transformation de l'IPN en UPN est une erreur politique, car il faut former des spécialistes de l'enseignement. L'IPN formait des spécialistes de l'enseignement, tandis que l'UNIKIN formait des chercheurs. Si tout le monde veut devenir chercheur, quel sera l'avenir de l'éducation au Congo ?
4. Il faut investir dans les infrastructures (construction d'écoles partout dans le pays). Ceux qui détournent des fonds destinés à la construction d'écoles sont des traîtres dangereux qui doivent subir la rigueur de la loi sans aucune complaisance.
5. Étendre la gratuité jusqu'au niveau secondaire.
6. Lancer un grand programme d'agriculture industrialisée pour nourrir l'Afrique tout entière. Une grande partie des fonds provenant de la vente des produits agricoles peut être affectée à l'éducation des citoyens du pays.
7. Instaurer une taxe sur l'exploitation des minerais du Congo afin de financer une meilleure rémunération des professeurs. Un enseignant doit être fier de son métier plutôt que de chercher à devenir député pour s'enrichir rapidement.
8. Une taxe sur l'exploitation forestière doit être instaurée pour financer l'éducation, et une partie des recettes des stades doit être réservée à cet effet.
9. L'éducation est une priorité pour le développement du pays.
VI. Système LMD, notre regard de correction.
Le système licence-master-doctorat (LMD), inspiré du modèle européen, a été adopté en RDC afin d'harmoniser les diplômes universitaires avec les standards internationaux. Cependant, sa mise en œuvre rencontre plusieurs défis, d'où nos recommandations au gouvernement congolais :
1. - renforcer l'adéquation formation-emploi ;
- développer l'alternance et les stages obligatoires pour favoriser l'insertion professionnelle ;
- créer des partenariats entre les universités et les entreprises pour adapter les programmes aux besoins du marché.
- introduire des filières professionnelles ; Exemple : licence professionnelle, master spécialisé.
2. - améliorer l'encadrement et la qualité des enseignements ;
* Réduire le ratio étudiants/enseignants pour limiter les amphis surchargés.
* Former les professeurs aux pédagogies actives (apprentissage par projets, numérique, etc.).
* Renforcer les bibliothèques et les laboratoires pour permettre un accès aux ressources scientifiques actualisées.
3. Digitalisation de l'enseignement supérieur
* Développer des plateformes d'e-learning pour pallier le manque d'infrastructures.
- créer des bibliothèques numériques donnant accès aux revues scientifiques internationales ;
* Former les étudiants et les professeurs aux outils numériques.
4. Assurer un financement durable :
- augmenter le budget de l'enseignement supérieur ;
- encourager les universités privées et les partenariats internationaux ;
* Mettre en place des bourses d'excellence pour éviter la fuite des cerveaux.
5. Harmoniser et contrôler la délivrance des diplômes. - harmoniser et contrôler la délivrance des diplômes ;
* Renforcer la commission de scolarisation du ministère de l'ESU pour lutter contre les diplômes fantômes.
- standardiser les programmes tout en conservant une certaine flexibilité pour les innovations ;
* Mettre en place un système d'accréditation rigoureux pour toutes les universités.
6. Promouvoir la recherche scientifique ;
- financer des laboratoires de recherche dans les domaines prioritaires, comme la santé, l'agriculture, l'énergie, etc.
- encourager les publications scientifiques par le biais d'incitations financières ;
- créer des pôles de recherche régionaux en collaboration avec d'autres universités du monde ;
7. Impliquer les étudiants dans la gouvernance des universités et des instituts supérieurs.
- intégrer des représentants des étudiants dans le comité de gestion et au conseil d'administration des universités ou des instituts supérieurs.
- mettre en place des enquêtes de satisfaction pour améliorer les formations ;
Le système LMD en RDC a donc un potentiel énorme, mais il nécessite des réformes structurelles, un financement adéquat et une meilleure gouvernance pour être pleinement efficace. Une collaboration entre les universités privées, les partenaires internationaux et l'État est essentielle pour former les élites du Congo.
VII. Philosophie de Patrice Emery Lumumba pour l'éducation nationale
Patrice Emery Lumumba a indirectement influencé le monde scientifique par son combat politique, notamment grâce à sa vision progressiste en faveur de l'éducation pour tous, de la décolonisation de l'enseignement au Congo, du recyclage des élites et du développement autonome de l'Afrique pour le progrès de nos pays. Voici quelques aspects de sa politique à retenir :
1. - la promotion de l'éducation et de la recherche scientifique ;
Son gouvernement, bien que très bref, avait pour objectif de développer un système éducatif accessible et de qualité, incluant la formation scientifique et technique. Cette politique devait favoriser l'émergence d'une communauté scientifique africaine et indépendante.
2. La décolonisation des savoirs :
Dans sa vision politique, Lumumba incluait la réappropriation des ressources naturelles et industrielles endogènes. Cette politique a inspiré d'autres pays africains à investir dans la recherche appliquée.
3. Coopération scientifique Sud-Sud :
Lumumba était favorable à des alliances entre les pays africains et les autres pays progressistes du monde. Cette solidarité allait déboucher sur des collaborations scientifiques. Aujourd'hui, la RDC lance ses satellites. Le pays pourrait fabriquer des avions, des voitures, des missiles hypersoniques, des chars, des ordinateurs, etc., car il dispose de toutes les matières premières nécessaires.
4. Une source d'inspiration pour les scientifiques africains.
Le panafricanisme de Lumumba, qui s'opposait à l'impérialisme, a inspiré plusieurs intellectuels et chercheurs africains à œuvrer en faveur de l'autonomie technologique du continent. Les exploits scientifiques africains dans la lutte contre le COVID-19 s'inscrivent étroitement dans la philosophie politique de Lumumba pour l'Afrique.
5. Impact indirect sur les sciences sociales
Lumumba est devenu un symbole des luttes anti-impérialistes. Sa vision politique est aujourd'hui étudiée par des historiens, des sociologues et des politologues. Son héritage alimente des réflexions sur les dynamiques postcoloniales dans les universités du monde entier. La grande université de la Fédération de Russie, l'université Patrice-Emery-Lumumba, accueille plusieurs enfants doués des pays du tiers-monde, en référence à la vision politique de Lumumba pour le développement d'une nation à partir de la formation scientifique.
En conclusion
Après l'assassinat de Lumumba en 1961, la RDC est plongée dans une instabilité totale qui l'empêche de décoller, car notre savoir est aliéné par de fausses doctrines qui endorment les peuples africains. Les nombreuses initiatives de Lumumba visant à hisser la RDC au rang de puissance redoutable ont été systématiquement sabotées, mais son idéologie reste une référence pour ceux qui aspirent à un développement durable de leur nation. Lumumba est une philosophie politique qui promeut la science pour la puissance d'un État.
Sa politique visait à créer un environnement dans lequel la science et la technologie serviraient le progrès africain, rompant ainsi avec la dépendance aux experts étrangers. Pour Lumumba, il faut privilégier la science pour faire avancer le pays dans la bonne direction.
Vive Patrice Emery Lumumba !
Vive la science pour un Congo nouveau !
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Boswa Isekombe Sylvere
Secrétaire général du Parti communiste congolais. Le lion au cœur rouge.